mardi, mai 09, 2006


Nous portons à votre connaissance une excellente tribune d'Edouard COURTIAL, publiée en 2004 dans les colonnes du Figaro. Nous la trouvons d'une actualité telle que nous souhaitons en partager la lecture avec vous. Edouard COURTIAL a été nommé Président de la commission Nouvelles Générations par Nicolas SARKOZY. Il a été élu à l'âge de 28 ans Député de l'Oise, ce qui en a fait le benjamin du parlement.

L'emploi, grand défi de l'école
Par Edouard Courtial Député de l'Oise
Il y a une vingtaine d'années, quelques esprits, probablement moins éclairés que les Français n'auraient pu l'espérer, ont fixé un objectif apparemment ambitieux pour notre système éducatif : amener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat. Or, la qualité d'un système scolaire ne se mesure pas au pourcentage d'étudiants atteignant tel niveau mais à la proportion de ceux qui trouvent un emploi stable à sa sortie.
Sur ce point, le constat est édifiant. Durant les vingt dernières années, le niveau moyen de formation des jeunes Français n'a cessé de s'améliorer : le taux d'accès au bac, qui s'élevait à 35%, en 1982, a atteint 69% en 2002. Or, dans le même temps, le niveau du chômage des 15-24 ans a fortement augmenté (il est passé de 13,9%, en 1982, à 21,3% en 2003), dans les mêmes proportions que le taux de chômage général, il est vrai.
En fait, notre pays cumule deux mauvaises performances. Non seulement, le taux de chômage des 15-24 ans y est largement supérieur à celui de nos voisins européens (en 2003, à titre de comparaison, il s'élevait à 10,6% en Allemagne, à 11,5% au Royaume-Uni et à 14,7% dans l'Union européenne des Quinze). Mais, de surcroît, peu de jeunes Français entrent sur le marché du travail. Ainsi, leur taux d'activité (c'est-à-dire la part des 15-24 ans ayant ou cherchant un emploi sur l'ensemble de cette catégorie d'âge) est réduit à la portion congrue ; il représente 29,5% contre 47,4% en Allemagne, 67,6% au Royaume-Uni et 50,0% en moyenne dans l'Union européenne des Quinze. On ne peut même pas objecter que l'éventuelle efficacité de notre système éducatif ne produirait ses effets qu'après l'âge de 24 ans, puisque le niveau du chômage de la tranche 25-49 ans en France excède celui de la moyenne européenne.
Or, le problème fondamental réside dans le fait qu'il existe des emplois, notamment dans les PME et chez les artisans. L'état du marché du travail des jeunes peut en effet être décrit par la formule utilisée par Renaud Dutreil : «Des emplois sans jeunes, des jeunes sans emploi.» Ce constat, je le vérifie régulièrement dans mon travail de parlementaire. Il ne passe en effet pas une semaine sans que je ne rencontre, d'une part, un jeune, diplômé ou non, qui recherche un emploi et, d'autre part, un dirigeant d'entreprise qui voudrait embaucher, mais qui ne le peut pas, faute de postulants adaptés aux besoins de sa société. Actuellement, 450 000 jeunes de moins de 25 ans sont à la recherche d'un emploi en France.
Le grand débat sur l'école s'annonce comme la discussion la plus importante de la prochaine session parlementaire. Les responsables politiques doivent avoir conscience que l'objectif de toute réforme de l'Education nationale doit servir l'emploi des jeunes. Dans cet esprit, le gouvernement actuel pourrait, quitte à encourir le risque d'être accusé de plagiat, fixer à notre système de formation un objectif de 80% de CDI pour une classe d'âge.
Tous les participants au débat doivent réfléchir aux moyens de satisfaire cet objectif. La réforme de l'apprentissage (qui fait l'objet de nombreuses mesures dans le plan de cohésion sociale coprésenté par Jean-Louis Borloo et son secrétaire d'Etat, Laurent Hénart) apparaît comme une première réponse positive. Mais elle doit être intégrée dans une réforme plus vaste de notre système éducatif, notamment de sa composante générale, visant à :
1) Améliorer l'image et la connaissance de l'entreprise à l'école en développant les passerelles entre ces deux mondes. La première piste d'amélioration consiste à multiplier les périodes passées en entreprise, tant pour les élèves de l'enseignement professionnel que ceux de l'enseignement général. Dans le même esprit, il serait intéressant que certains professeurs, notamment d'économie et de gestion, bénéficient d'une formation continue en entreprise. Mais resserrer les liens entre ces deux mondes, c'est tout autant favoriser la présence des élèves et des professeurs en entreprise que celle de personnes issues du privé à l'école. Plusieurs propositions peuvent être formulées dans ce sens. Tout d'abord, la création d'un «référent entreprises». Cette personne pourrait être un membre d'une chambre de commerce et d'industrie ou d'une chambre des métiers et aurait pour fonction de faire le tour de «points d'information sur les métiers» qu'il faudrait créer dans chaque établissement. Mais, plus fondamentalement, le temps n'est-il pas venu que, à l'instar de ce qui est pratiqué dans le supérieur, des dirigeants d'entreprise dispensent des cours spécifiques dans les lycées ? Dans le même esprit, il n'apparaît pas totalement iconoclaste d'associer, sous une forme ou sous une autre, les chefs d'entreprise à la définition des programmes scolaires, trop axés sur les connaissances académiques.
2) Améliorer l'orientation des élèves et des étudiants. Beaucoup de réformes ont eu pour but d'atteindre cet objectif. C'est pourquoi il convient de s'accorder sur son sens. Il s'agit moins d'aider l'élève à mener à bien un projet parfois chimérique que de l'inciter à se diriger dans les filières débouchant sur des métiers d'avenir. Pour ce faire, les pouvoirs publics devraient prendre deux types de mesures :
– des incitations à s'engager dans des filières d'avenir, surtout si celles-ci possèdent une mauvaise image auprès des jeunes. C'est cette logique que sert la réforme de l'apprentissage qui comprend des dispositions destinées à revaloriser les métiers manuels,
– des garde-fous pour éviter que les étudiants se dirigent vers des voies bouchées ou surnuméraires.
3) Mieux anticiper les besoins futurs des entreprises : afin d'orienter les étudiants vers les filières d'avenir, il convient avant tout d'identifier ces besoins. La création d'un organisme public ou d'une structure ad hoc, appelée, par exemple, observatoire sur les métiers d'avenir garantirait le bon fonctionnement du dispositif. Il serait placé sous l'autorité du ministre de l'Education nationale et pourrait être composé de personnalités issues du monde de l'enseignement et du monde de l'entreprise.
L'objectif de cet article n'est pas d'apporter des remèdes miracles à un problème très complexe, mais de recentrer le débat sur l'école sur le défi le plus important que l'Education nationale ait à relever : concevoir un enseignement qui permette à ceux qui en bénéficient de trouver rapidement un emploi, leur scolarité achevée, et ce quel que soit le niveau atteint. Et il ne fait aucun doute que la solution passe par la multiplication des interactions entre l'école et l'entreprise.

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