jeudi, octobre 26, 2006

une tribune parue ce jour dans le Figaro

La bibliothèque des essais : Il faut rompre avec la dette publique
par MICHEL PÉBEREAU.

Publié le 25 octobre 2006 in le Figaro


"Juillet 2012. Des centaines de touristes français bloqués à l'autre bout du monde, carte bancaire rejetée par le centre Visa. Des Parisiens qui prennent d'assaut des distributeurs de billets. Des réunions fébriles de fonctionnaires à Bercy, de gouverneurs de banques centrales à Francfort. On parle d'une réduction de moitié des traitements des fonctionnaires et des retraites de tous les Français. La Joconde est mise en vente...

La cause de tout cela ? Une agence de notation vient de dégrader à nouveau la signature de l'État français transformant ses emprunts en « obligations pourries ». Les marchés financiers lui refusant tout crédit, l'État est menacé d'une vraie crise de liquidité. La dépréciation de ses titres dévaste les bilans des banques. Notre pays a perdu la confiance des investisseurs, des épargnants. C'est Le jour où la France a fait faillite...

Comment en est-on arrivé là ? Le gouvernement socialiste, sorti des urnes en 2007, a-t-il dû faire face à une guerre ? Une dépression économique ? Une pandémie ? Un attentat terroriste dévastateur ? Non. Il a simplement poursuivi la politique des vingt-cinq années précédentes. Il a cherché dans la hausse de la dépense et des déficits publics la résorption du chômage. Il a cédé à la facilité de la dette. Le chômage est toujours là et la croissance s'est encore affaiblie. Mais la dette publique avoisine 180 % de la production nationale.

Le gouvernement de Nicolas Sarkozy, sorti des élections de 2012, doit faire face. La République, aux abois, se mobilise. Les hauts fonctionnaires échafaudent des solutions. Nos partenaires et la BCE conditionnent leur soutien à un changement radical. Une terrible cure d'austérité est inévitable...

Fiction ? Certes. C'est seulement vers 2025 que la poursuite de nos pratiques de gestion publiques aboutirait mécaniquement à une telle dette. Mais une hausse durable des taux d'intérêt, très bas aujourd'hui, pourrait accélérer le processus. L'avantage de l'anticipation des auteurs est de mettre en scène des acteurs connus, ce qui donne du piquant à leur fiction. Ancien chef de service du Trésor, Philippe Jaffré a connu la fièvre des réunions de responsables nationaux et internationaux en temps de crise.

Ancien directeur général du Crédit agricole, il n'ignore rien des réactions violentes des investisseurs et des banques à l'insolvabilité d'un État. Et après sa bataille boursière à la tête d'Elf, il connaît bien la puissance des marchés financiers. Le journaliste Philippe Riès sait qu'à l'heure de la mondialisation, et sous la pression des médias, l'information circule à la vitesse de la foudre et a le même pouvoir dévastateur.

La collaboration de ces deux spécialistes, si complémentaires, confère à leur fiction une cohérence, un réalisme saisissants. Leur chute, terrifiante, vient rappeler que, dans le monde actuel, il faut compter aussi avec la folie des hommes. Leur fiction est une démonstration percutante de la nécessité de « Rompre avec la facilité de la dette publique ».

Le jour où la France a fait faillite, Philippe Jaffré et Philippe Riès, Grasset, 163 pages, 20,90 eur

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